Bacalan
l'éternelle renaissance
Il est des mots qui sonnent et qui résonnent lorsque l’organe vocal leur donne le jour. Bacalan est de ceux-ci. De plus, si on le prononce avec l’accent local, il peut se confondre avec tous les registres d’une portée musicale.
Ce quartier nage littéralement le long de la Garonne, laissant derrière lui le quartier bourgeois des Chartrons pour couvrir un secteur populaire actuellement en pleine mutation. Il est composé par les pièces d’un puzzle fort composite qui
Une véritable création eut lieu, car l’activité marchande du port rendait
nécessaire le développement d’une nouvelle emprise terrestre. On procéda à l’assèchement des marais et
on vit surgir, dans les années 1630, de nouvelles habitations et entrepôts. L’ensemble constituait un habitat populaire au côté duquel quelques belles bâtisses s’épanchaient au bord du fleuve.
Versé dans la poésie et dans l’exotisme, il me plaît à penser que l’origine de « Bacalan » est issue du vocable portugais « bacalao » signifiant morue, ce qui répond à une traditionnelle activité économique consacrant alors l’endroit comme premier port morutier de France.

Quelle belle histoire que cette hypothèse. Sauf que… le trafic morutier remonte au XIXème siècle, et que Bacalan naquit au XVIIème siècle. Las ! La poésie est rompue par un auvergnat, Monsieur de
Bacalan qui, s’installant sur ces terres conquises par l’homme, s’ancra sur le territoire et lui légua son nom. Les origines tiennent plus de la potée que de la morue…
Une fois l’an, lors du départ des bateaux, avait lieu une importante cérémonie dite du « pardon des terres neuva ». Toute la flotte de pêche se regroupait devant les quais réunissant, dans une ambiance
Au retour de la pêche, tous les morutiers se dirigeaient vers les bassins à flots. Là, leurs ventres crachaient en abondance le produit de la pêche. La gestation avait été menée à son terme avec un franc succès.… Des morues par milliers étaient déchargées par les grues qui les posaient
Alors, les cargaisons de poissons se mettaient en route pour s’acheminer vers Bègles qui concentrait sur son territoire de nombreuses sécheries favorisant le lavage en ruisseaux
Le symbole rode encore ! Il existe, au bord des bassins à flots, l’un des meilleurs restaurants dans sa spécialité, « Saudade », ce qui signifie, sans qu’aucune ambiguïté auvergnate ne s’interpose, « Nostalgie ». La morue y est accommodée de
A partir de la seconde moitié du XVIIème siècle, ce nouveau faubourg se développe autour de la vocation maritime et commerciale de Bordeaux : pêche, construction navale,
L’activité économique est florissante, accompagnant le développement du port, et faisant vivre des milliers de personnes. De nouvelles populations affluent, la trame des rues s’étend, le quartier s’émaille de petites entreprises traditionnelles (services liés au négoce et au commerce du vin, avitaillement des bateaux…), rendant nécessaire la jonction avec la ville
C’est à cette époque que l’on voit l’avènement et la croissance de la faïence fine qui reste une sorte d’estampille locale. Jules Vieillard veille aux destinées de la manufacture de céramique qui produit sans relâche, donnant naissance aux assiettes et aux plats « Vieillard » très recherchés aujourd’hui. Leur présence sur les vaisseliers des vieilles familles bordelaises est attestée par la maîtresse de maison qui, retournant glorieusement l’assiette devant vous, vous en montre la signature.
En 1867, un équipement supplémentaire vint conforter les liaisons et le transit des marchandises par voie terrestre avec la création d’un premier bassin à flots (le second verra le jour cinquante années plus tard). Il en permettait l’acheminement vers la gare du Médoc, toute proche. Deux écluses sont créées. Cette géographie nouvelle va donner plus encore une identité à ce secteur qui va générer une vie de quartier propre où les gens se connaissent tous, avec ses petits commerces, ses maisonnettes, ses bistrots. Le village, cosmopolite et populaire, va tranquillement laisser la vie se dérouler dans ses barrières, égoïstement destiné à ceux qui se
Durant la seconde guerre mondiale, une construction monumentale
Ce chantier, qui débuta en septembre 1941 dura plus de deux ans. Il mobilisa environ 6000 prisonniers et travailleurs réquisitionnés, Français, Russes et Portugais. La moitié étaient des républicains espagnols
E
Mais avec cet ouvrage gigantesque, l’occupant exposait le quartier, devenu un enjeu stratégique. Le 17 mai 1943, 34 bombardiers « Liberator » américains de la 8ème Air Force déversèrent 198
La cible fut tout juste effleurée, aucun sous-marin allemand ne fut détruit. Par contre 300 morts accompagnèrent la destruction du campement italien voisin et surtout, des milliers de maisons furent démolies. Bacalan vit des logements entiers s’effondrer en ensevelissant leurs habitants. Ce drame de la guerre et de la folie des hommes démantela en deux minutes un quartier paisible et fit 700 morts civils et 1000 blessés. La
La base sous-marine fut abandonnée fin Août 1944, laissant derrière elle deux U-Boote incapables d’appareiller. Ils furent sabordés.
Dès 1945 la reconstruction démarra. Raffineries, fonderies et ateliers maritimes réanimèrent un
Une époque de légende illustrée par la construction de la cité Claveau et
Mais la barre de béton ne répondait plus aux nouvelles normes en terme d’habitat urbain. Sa démolition commença en 1994. Quelques larmes coulèrent sur les joues de ceux qui se l’étaient appropriée et qui voyaient mettre à bas des pans entiers d’une vie. Parlez aux Bacalanais de leur cité…une lumière nostalgique poindra dans le regard.
A la libération donc, l’activité économique et la vie reprirent leurs droits.
Sur les quais, les filles, sympathiques et attentionnées, tentaient les passants. Le contact était vite assuré, les affinités instantanées permettaient toutes les audaces, l’enchevêtrement final était garanti. Pour pas cher… La baisse de la petite culotte courait plus vite que la hausse des prix. Le rôle social de ces voluptueuses créatures se déployait à t
Quelques restaurants faisaient florès. On venait à Bacalan pour faire bonne chaire et s’encanailler dans l’ambiance du patois local, on croisait les marins chaudement empourprés, on mirait les horizons entrevus grâce aux courtes jupes, on s’arrêtait sur les atouts mamellaires a
Industrie prospère, démographie galopante, existence calme et insouciante, ce quartier populaire avait su recréer la vie après la tempête. Las ! Une tempête économique survint avec le transfert des activités
Le quartier sombra en léthargie, vivant chichement des pensions des personnes âgées qui permettaient d’entretenir encore les quelques commerces locaux. Le bouillonnant faubourg portuaire et manufacturier devait se recycler, une volonté politique devait le soutenir.
Composé aux deux tiers de zones industrielles, ces
Désormais, les pacifiques bassins à flots narguent aimablement la base sous-marine en développant un port de plaisance autour duquel les prix de l’immobilier commencent à frémir.
Une véritable reconquête urbaine pour un quartier qui, au fil de son histoire, ne s’est jamais départi de son sens de la solidarité et de son atmosphère de convivialité.
Des cartes atout lui sont à nouveau servies : proximité immédiate avec le futur franchissement de la Garonne (Lucien Faure), arrivée du tramway programmée pour 2007. Des accès assurés vers la rive droite et vers le centre ville.
Un quartier promis à une éternelle renaissance. Bon vent, « Bacalao ».
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