samedi 28 juillet 2007

Le soleil britannique



Les nouvelles invasions

Nb : Chers amis anglais, je vous connais bien. Je vous apprécie et suis sensible à vos valeurs : démocratie, fair play, sens civique, humour… Des membres de ma famille me relient directement à vous. Le texte qui suit est un texte d’humeur donc par nature excessif. Satyrique, il grossit les travers et atténue les qualités des intéressés. Il ne s’agit aucunement de blesser ni de se gausser, mais de faire sourire en cette période estivale, faite de légèretés et de libertés. Nous même français ne sommes pas dénués de travers et nous reconnaîtrions aisément dans ces lignes… Je sais que vous comprendrez la démarche et que nous rirons ensemble, comme nous savons prêter le flanc lorsque votre presse ne nous épargne guère. Merci pour votre compréhension et pour votre amitié. Nous avons tant à construire dans l’avenir.


Un alignement monotone de petites maisons avec leurs boites aux lettres enrubannées. Des pelouses grasses et savamment entretenues. Des milliers de voitures avec conduite à gauche. Des pubs d’où émanent des rires forcés et des effluves d’abus de bières. Des têtes blondes et rousses, des visages pâles et des corps blafards malgré l’été… Sommes nous en Angleterre ? Que non ! Car le soleil brille puissamment. Sans avarice, le dieu « Ra » déploie ses rayons sur une population venue nombreuse pour en capter tous les bienfaits.

Alors que l’île anglaise se débat courageusement avec les intempéries déclenchées par un climat devenu fou, nombre de ses enfants sont venus trouver refuge dans une région paradisiaque, l’Andalousie. A quelques encablures de la patrie de don Quichotte, la « Manche », des êtres venus d’ailleurs, d’ « outre Manche », ont envahi la région. Sans bruit, subrepticement, ils se sont passé le mot de l’aubaine offerte par cette « terra incognita ». Les investisseurs ont accompagné le mouvement, causant sans vergogne quelques meurtrissures sur le relief de côtes inondées de lumières.

Dès lors, les Anglais ont débarqué en masse. Pas par une guerre violente et sans concessions, mais par un envahissement progressif avec comme arme les devises. Une colonisation moderne, touristique pour un culte dédié au soleil et à l’argent. Hommes et femmes venus d’ailleurs avec une monnaie détachée de la zone euro, trouvent, avec une humilité qui ne leur ressemblent guère, moult vertus à la monnaie de l’Union qu’ils font crépiter au rythme emballé des tiroirs caisse.

Ils ont acquis des maisons et des villas nichées en file indienne sur la côte accueillante. Ils ont ainsi soutenu les surréalistes grimpettes immobilières, au détriment du respect du littoral qui affichait jusque là une perspective sans tâches. Les promoteurs en tirèrent aubaine. Les grues affirmèrent leurs métalliques érections. Les banques, peu philanthropes, vinrent profiter du processus. Des fortunes éclorent spontanément. Des abus et des dégâts vicièrent cette évolution.

Le matin, sur la plage, au restaurant, le soir, tout respire la domination de la culture anglaise. L’époque victorienne se prolonge ici où, sous des semblants de grandeur liées au fric roi, des comportements d’une arrogance surannée perdurent encore.

La journée est rythmée au rythme des « Hello », « my dear », « cup of tea », « indeed, really » qui chantent avec une musicalité amusante à nos oreilles complaisantes. Car n’attendons pas de nos amis qu’ils s’imprègnent de la culture des « indigènes ». Certes non. L’Andalousie est une enclave britannique, ils y ont transposé leur langue, leur culture, leur rythme. Aucun effort pour parler l’Espagnol. Ils sont anglais avant tout, nous rappelant que la vie sur leur île a maintenu quelques réflexes de contentement et de repli sur soi.

La caissière du supermarché parle british et sourit devant le défilement sans fin des liasses de billets qui sortent des bourses bien pleines. Leurs produits préférés trônent sur les étagères. Les puddings rivalisent avec les tapas. Les menus des restaurants sont écrits en espagnol… et en anglais. Nous nous sentirions presque intrus dans cette relation privilégiée dont la réalité de l’affection est faussée par l’intérêt.

La simple écoute de leurs mélopées linguistiques, la seule vue de leurs villas clonées, les vapeurs de thé qui sortent des bouilloires, le raffinement de leurs intérieurs imprimant au pays viril des castagnettes l’esprit maniéré de Miss Marple, fleure plus Picadilly que les beautés de la Méditerranée. Nous sommes pourtant au sud de l’Espagne, avec, en point de mire les côtes marocaines.

« Les côtes marocaines » avez- vous dit ? Oh, my Good, me répond-on en me montrant un bout de rocher qui flotte lancinement, surmonté du drapeau anglais. C’est Gilbratar, expression maigrichonne et désuète d’une époque où l’Angleterre dominait le monde. Ils le regardent avec fierté, ce dérisoire lambeau de terre, excroissance de leur patrie. Oui, ils sont bien chez eux. Un argument clef pour la revente d’un bien ? S’il a la vue sur « Gibraltar » , pour rappeler la chère patrie, la Queen, la panse de brebis farcie et les petits pois gros comme des berlons. Alors, le sentiment national se met en branle.

Nos partenaires d’outre manche sont plutôt des gens d’agréable compagnie. D’esprit égocentrique très prononcé, il est agréable de converser avec eux et de sourire gentiment à leurs blagues dénuées de toute subtilité. La plupart sont fort civils et affichent ce flegme cher à Daninos qui les poursuit jusque dans leur short de bain. Quand ils ne restent pas étonnement terrés dans leurs homes, gentils et douillets à savourer leur cher Brandy.

Mais lorsque l’on tombe sur des rustres, on n’est pas déçu. Nous avons les mêmes en France. Promenant des comportements de soudards hérités de l’époque napoléonienne, ils affichent leurs carcasses de chair violemment rosies par le soleil et picolent nombre pintes de bières, se souciant peu du voisinage. Ceux la ne se taisent jamais, générant un arrière fond envahissant qui perturbe le cri des criquets et qui gêne notre légitime aspiration au calme. Les canettes succèdent aux cannettes, leurs voix qui lancent des phrases saccadées et répétitives ( no, no, please, don’t…) sont une pollution sonore que la vie en communauté nous contraint d’accepter. Il faut subir le caquètement des ladies, passer outre les grognements des mâles qui arrivent néanmoins à contenir les éructions latentes suscitées par l’ingestion de nombreuses particules de gaz.

Autour d’une piscine ? Tout la batterie de campagne les accompagne, tables avec sièges intégrés, chaises longues, bidules électroniques en tous genres…sans oublier la glacière qui explose sous les stocks de bière. Une façon de concevoir la vie et les vacances… Seule une grand-mère sereine, assise au bord de la piscine, amène une touche attendrissante à ce tableau pétaradant.

Sur les plages, je ressens une ambition bucolique en imaginant les cohortes de phoques qui se bronzent en Alaska. Toute une agglutination de chairs humaines s’entrelacent, se côtoient et forment une sur-couche très diversifiée sur les plages d’Andalousie. Des hauts et des bas, du plat et des ébats se profilent en remuant, telle une nuée de mini tremblements de chair qui affecteraient cette surface humaine.

Des accents Hugoliens s’emparent de moi. Waterloo, Waterloo, mornes paysages aux reliefs des plus contrastés, du promontoire le plus saillant aux reliefs les plus harmonieux, de la colline qui dégouline chichement à la butte finement ciselée. Ici, tout n’est que peaux blanchâtres qui se mirent au soleil. Des bonbonnes abondamment remplies cèdent la place aux trop rares et délicates gracilités qui paillètent ce grand conglomérat. Ce n’est plus le temps des mamelouks, c’est l’été des mamelons. Waterloo bout encore dans des outres trop pleines. Attention où l’on met les pieds, gare où l’on se faufile.

Parfois je souffre pour la nature humaine. Je rumine contre le temps et son complice la chopine, qui causent tant de ravages insidieux avec ses bourrelets, ses fesses en goutte d’huile et les chairs dégoulinantes de crème à bronzer. Copies conforme des créatures du marché de Brive la Gaillarde chères à Brassens, et du paysage de certaines plages françaises.

Une autre se laisse aller devant les vagues. Sacrifiant à un rituel que je ne maîtrise guère, elle vénère, dans une impeccable religiosité, le dieu soleil et tous les plaisirs qu’il procure. Regardant l’horizon, elle se prosterne à intervalles réguliers, soumise et respectueuse. Bel élan de spiritualité…A moins que cela ne soit une danse de l’amour qui aurait échappé à ma parfaite connaissance en ce domaine. Nous sommes tous des apprentis.

Les dames parlent, pépient, font avancer la cause du monde au cours d’innombrables bavardages en bord de mer. Des familles entières sont repliées sous un parasol et picorent goulûment , narguant une obésité déjà bien profilée. C’est gras, huileux, vineux…

De quoi alimenter le spleen du plus valeureux des hommes… Lorsque, au milieu de ce fatras de peaux mal tendues émergent, ça et là, de voluptueuses créatures. Mon regard s’y porte immédiatement, le ravissement visuel m’habite. Un corps gracile pénètre dans mon champ de vision et ne quitte plus mon orbite. J’allais oublier que le créateur était capable d’engendrer surtout de la beauté. Austerlitz renaît et avec lui, toutes ses audaces. Sabre au clair, vue clairvoyante pour ne rien omettre des richesses promises par ce corps qui m’est insaisissable mais que mes pensées palpent à pleines mains. La belle doit en ressentir les intimes bienfaits, car, se tournant vers ma modeste personne, elle plonge latéralement dans l’eau et s’égaye gentiment.

Après avoir rapatrié mon regard imprégné d’une enivrante sensualité, je me retourne vers le sable, la rétine délicieusement rechargée. Deux délicates petites saillies mamellaires qui pointent joliment vers le parasol émanent d’une belle enveloppe charnelle. Soucieux d’honorer la femme, je me dois de la regarder. La jeune fille est là, à portée de mains. Elle a les yeux clos, dans une posture d’abandon qui ne laisse pas indifférent. Attend-elle le prince charmant ? Un garçon dort à ses côtés, la bouche ouverte. Il a les mains tristement allongées le long de son corps. Une regrettable inertie..

L’humanité brille donc encore sur cette plage… J’en eus la confirmation la séquence d’après où, me prenant pour James Bond, je vis surgir des eaux Vénus. Ursula Andress des temps modernes, une ravissante créature émerge lentement, me laissant entrevoir progressivement les nuances les plus parfaites de ses courbes. L’eau la dénude, et je vois apparaître, sous mes yeux esbaudis, toute la joliesse de la gente féminine. Déesse, elle se dresse chastement, comme pour faire oublier les enveloppes qui retinrent primitivement ma vue. Une expiation, en quelque sorte. Acquittement immédiat.

Sur la plage, les jeux sont multiples. Ne pouvant jouer au cricket, les anglais se donnent pleinement à un classique jeu de raquettes qui jalonne par intermittence l’immensité ensablée. Les ados affrontent les flots avec des pneumatiques. Et les enfants jouent avec le sable. Du plus classique et bête pâté de sable à la construction la plus élaborée. Comme si nos héritiers nous renvoyaient sans le vouloir tout le drame de la nature humaine. Entre une existence banale, terne et routinière, liée à un simple moule primaire (c’est bête un pâté de sable). Celui de la construction d’une vie avec sens et imagination associé à l’élaboration de figures de sable recherchées (là se niche toute la puissance du Grand Architecte). Le pâté ou le sphinx… L’existence ou l’être. Concevoir la vie comme un accident ou comme une grande aventure…

Sous l’impeccable alignement des parasols ou dans l’articulation désordonnée des corps, ceux qui paient pour une chaise longue ou ceux qui s’adonnent à la démocratisation des plaisirs solitaires, chacun y va de sa bronzette. Les rayons viennent se lover sur les chairs, les irriguant à foison. Chacun semble oublier les tracas qu’ils retrouveront à la rentrée et feint d’ignorer que le soleil est faux ami.

Les séquences de plage sont entrecoupées par l’apparition de mes pittoresques amis, de jeunes sénégalais qui viennent proposer colifichets, montres et sacs qui sentent la contrefaçon jusqu’à Vintimille. Affables, ils parlent un français parfait et témoignent gentiment qu’ils n’ont pas oublié l’amitié qui nous lie depuis tant d’années, et que nos peuples ont une part d’histoire commune.

Ils vivent groupés, entre frères, dans des conditions parfois pénibles et profitent de l’été pour vendre à des anglais qui paieront le prix fort, le fruit de leurs acquisitions frauduleuses. Ils jettent parfois un regard sur l’horizon pour déjouer un éventuel contrôle de la « Gardia Civil » qui confisqueront leur butin. L’hiver, ils retournent dans leur famille restée dans leur pays afin de rapatrier le produit de leur vente, voir leur famille, et faire un enfant avant de revenir la saison suivante.

Les soirées amènent une indispensable fraîcheur après les émotions vives de la journée, les chocs visuels, les rudes confrontations culturelles, la générosité solaire. La Costa del Sol est émaillée d’excellents restaurants, pizzerias et autre fast foods…

L’esprit libre et léger, je me dirige vers les arcades conduisant à l’établissement. Atmosphère enfumée, bières et rires caractérisés m’environnent. La routine. Sauf que… sauf que j’aperçois le nom du pub : « Trafalgar ». « Ô rage, ô désespoir, Ô la perfide albion… Suis-je pourtant un européen convaincu… Que pour voir surgir les miasmes d’un passé disparu… Moi qui avait solde Jeanne la pucelle et Sainte Helene... et avais mis une croix sur Fachoda... Que dois6je penser de cette villenie ?». Oui, l’ombre de l’amiral Nelson nous poursuit ici, en Andalousie, 2 siècles après la déroute, le 21 octobre 1805. Alors, je prefere apprecier la richesse de nos différences et la solidarite qui nous lie a nos amis dóutre Manche. Et je pense a demain...Ensemble, nous ferons l’Europe.

Homme fidèle en toutes choses, j’ai porté mon dévolu sur un excellent chinois, « China City 2 », qui se trouve à Calahonda (au Zoco). L’accueil y est agréable, les doses de Ricard souriantes, les mets fins et variés. La patronne, « Anzie » nous accueille en rigolant, suivit du garçon qui m’adresse un sourire complice. Ils nous installent avec tact à notre table.

C’est assurément le meilleur restaurant chinois dans lequel j’ai eu l’occasion de manger. Il convient de jongler sur les menus espagnols et anglais pour faire son choix. Le crabe aux oignons et au gingembre, d’une rare finesse, permet aux tempéraments chancelants d’avoir une assiette secourable pour assurer la fin de soirée. Mais encore le poulet à l’ananas frais, le bœuf aux oignons, le canard laqué… sont autant de valeurs sûres dégustées auprès de ladies endimanchées et d’hommes, la chopine arrimée à la main, qu’ils semblent ne pas avoir quitté de la journée.

L’ambiance est calme et détendue. Quelques musiciens viennent exprimer des parcelles de talent et n’oublient jamais, pour les notes finales, de tendre leurs sébiles. Le plus redoutable d’entre eux est un hidalgo qui, la bouche en cul de poule, laisse courir un timide filet de voix pour annoncer « Bésame, bésame mucho ». Déclaration assurément louable qui mériterait d’être proférée avec plus d’ardeur. Pour compenser sa carence, il s’acharne sur sa guitare qu’il cogne comme un forcené au rythme de ses chansons.

Un autre de ses confrères est plus convaincant. Une chevelure frisée qui tente de compenser la cruauté de son âge, il interprète l’indémodable « Jeux interdits ». Une démarche de prévention à usage de tous, me dis-je en regardant mon voisin ingurgiter sa troisième pinte.

Puis c’est le retour des sénégalais qui croulent sous « Hugo Boss », « Dolce et Gabanna », « Channel ». Des Vuittons comme s’il en pleuvait, des pléthores de Gucci, une surabondance de « Rollex ». Je tourne pudiquement la tête. La contrefaçon ne passera pas par moi.

C’est un spectacle véritable que de respirer cette ambiance et de voir défiler les bataillons de sénégalais aux costumes les plus bigarrés suivis par le sourire serein d’un chinois qui précède lui-même quelques petites notes de musique dont certaines devraient plier boutique. Et, par intermede, une dame deguisee en pere Noël apparait, l´air fataliste, pour nous montrer des momstruosites pelucheuses ou plastiquees.

Et puis le sourire candide d’Anzie, le ravissement de ma femme, et le regard enchanteur d’une amie.

On est bien.


















jeudi 26 juillet 2007

L’éternité d’un regard





Une petite étoile bleue

Premier été sans elle. Malgré l’éloignement lors mes précédentes vacances, je la savais là, toujours prête à m’écouter et à exprimer une infinie tendresse. Je savais qu’elle m’accompagnait où que j’aille et qu’un simple coup de fil me permettrait d’entendre sa voix..

Mais elle est partie en décembre dernier, fauchée par la camarde qui a décrété unilatéralement que le moment était venu. Cette dernière agit toujours sans scrupules et avec une brutalité vulgaire. Sans aucun égard, sans se soucier de la tristesse et de la douleur qu’allait semer l’absence brutale. Une semaine avant Noël, fête de la famille et de l’Amour. Mon petit soulier, ce matin là, étalait le désarroi de l’enfant qu’elle avait laissé.

La mort d’une mère… Et un vide vertigineux devant soi, le gouffre de questionnements que suscite toute disparition. L’impression d’avoir soudainement très froid et d’avoir sa boussole intérieure déréglée par la perte du repère fondamental, de ce lien naturel. Comme les arbres, les maisons, les cathédrales, elle avait toujours été dans mon environnement, déjouant les écueils, anticipant sur mes soucis d’enfants. Je la croyais donc immortelle.

Malgré son grand âge, je la savais là. Toujours là. Et bien que ce soit moi qui la portait depuis de nombreux mois, elle me procurait toujours le sentiment de sécurité que toute maman dispense à son fils, ce recours ultime vers qui pouvoir se réfugier. Cet océan de tendresse et d’attentions que je sentais dans les contacts réguliers que nous entretenions.

Et soudain l’effondrement de celle qui est restée debout jusqu’au dernier jour. « Une belle mort », dit-on. Suivit mon effondrement intime. Je me sentais seul.


Son égide, ce bouclier protecteur qui m’avait préservé jusqu’alors n’était plus. Face à moi, désormais en première ligne, ma responsabilité m’apparût plus éclatante encore qu’à l’accoutumée. Et mon devoir de transmettre et d’aider mes enfants à rire et à comprendre la vie. Tenter de leur communiquer ce que ma modeste humanité avait analysé du sens de notre présence sur terre était pour moi une exigence de chaque instant.

Des pans entiers de mon existence défilèrent dans ma tête, les fêtes de famille quelle présidait avec élégance aux côtés de mon père, les visites à ma grand-mère pour le traditionnel goûter du mercredi, les vacances dans la propriété de Charente Maritime où elle accueillait chacun avec générosité, les rires partagés grâce à Louis de Funès, son haut degré d’humour qui se manifestât jusqu’à la veille de son grand départ, sa satisfaction de me voir heureux,… Tout cela semblait déjà loin. Je sentis que là, l’enfance s’en allait, irrémédiablement. Que les racines qui me reliaient à mon passé se délitaient pour que je conforte celles que j’avais crées avec ma famille.

Je vois toujours ses beaux yeux bleus et son charmant sourire qui firent d’elle une dame de grande beauté. Cette grâce que le temps ne put éroder, impuissant à détruire ce qui transpire de l’âme et de la vérité du cœur.

Premier été sans elle.. Et malgré la chaleur andalouse, et les regards enjoués de mes enfants, quelques frissons en moi, quelques larmes, prêtes à perler.

Alors, dans le silence de la nuit, je regarde le ciel. La voûte étoilée m’offre l’infini de ses perspectives. Elle est belle ici, et brille de myriades d’étoiles. L’une d’elles irradie de façon plus étincelante. Elle est bleue et m’envoie la pureté d’un regard éternel.