BORDEAUX : 3 siècles en 3 points
Si la Loge est aujourd’hui le lieu où se réunissent les initiés, elle tire son origine
Cet héritage nous vient de Londres (free mason). Le 24 juin 1717, quatre Loges de Londres fusionnèrent pour créer une « Grande Loge »
C’est à Bordeaux, le 17 avril 1732, que le « Captain Martin Kelly » et deux autres Britanniques (marins ou négociants) ouvrent la première Loge anglaise, « La Grande Loge de Londres ». Il faut dire que les étroites relations maritimes du port de
Ce premier atelier va travailler en langue anglaise jusqu’en 1740 et a comme principale vocation de renforcer la solidarité des gens de mer. Trois coups de sifflet ponctuent l’arrivée des bateaux au port, et l’appartenance à cet
En 1740 des Frères issus de l’Anglaise, vont créer « La Française » qui donna elle-même le jour à « L’Amitié » en 1746. Outre l’Anglaise et la Française, une troisième obédience arriva en 1773, le Grand Orient de France, à l’initiative du vicomte de Noë, alors maire de Bordeaux (1769-1790).
Et c’est ainsi que les Loges se multiplièrent dans une ville qui devint vite la place forte de la maçonnerie en Europe. Le recrutement y est très large. Négociants, banquiers, courtiers, assureurs maritimes côtoient nobles, bourgeois, et membres de « l’Académie
Alors que les faubourgs constituaient des barrières naturelles, tous se rencontrent en toute Fraternité, ignorants des distinctions sociales prévalant dans la vie profane. Ce qui favorisa une communion d’idées contre le Roi et permit une meilleure compréhension des idéaux révolutionnaires. « Liberté,
Bordeaux devint une « mère loge », habilitée par Londres à accroître l’influence de cette société de pensée. De nombreux ateliers sont ouverts par son entremise en Aquitaine, dans les Régions limitrophes et aussi aux Antilles, la Nouvelle-Orléans, les Indes, Cayenne… La vocation commerciale favorisa cet essaimage. On affréta même des bateaux dénommés « Franc-Maçon »…
Montesquieu joua un rôle important dans ce développement et notamment dans l’intégration du milieu des négociants auquel il appartenait. Les Loges se comptèrent au nombre de 54 au bout d’un siècle d’existence et comptabilisaient 2000 Frères à la fin du XVIIIème siècle. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, fut
« L’Esprit des Lois » franchit l’Atlantique pour inspirer les pères fondateurs de la Constitution des Etats-Unis, pays dans lequel cette démarche spirituelle trouva une terre riche et féconde. Georges Washington, premier Président de la nouvelle fédération, posa la première pierre de la Maison-Blanche vêtu de son tablier de Maçon…
Ainsi la franc-maçonnerie met-elle en contact des
L’empreinte sur la ville y est considérable. Tant dans sa conception architecturale, dans la trame de certains monuments, dans les visuels gravés dans la pierre ou ciselés sur les balcons, la Maçonnerie imprime sa marque. Les pierres d’assise des beaux immeubles ont été précisément taillées sur la base de 33 centimètres de hauteur, conformément à l’enseignement qui prévalait dans la profession de tailleur de pierre.
Il faut savoir que le symbole ternaire est l’un des signes fondamentaux de la Maçonnerie. Le trois représente le dépassement des antagonismes bipolaires en recréant l’unité perdue, réalise l’équilibre entre deux forces opposées, l’actif et le passif, et illustre des maximes essentielles : Liberté-Egalité-Fraternité, bien-penser, bien-dire, bien-faire…
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Bordeaux a son triangle Bordelais ou Triangle d’Or, constitué de ses plus beaux immeubles composés de belles pierres de Gironde. En son centre, la place des Grands hommes, comme l’œil placé au sein du delta…
Le Grand-Théâtre surplombe l’ensemble. Commandé par le maréchal de Richelieu et construit par l’architecte Victor Louis, tous deux francs-maçons, le portique de ce temple est surplombé par trois déesses et neuf muses. Ces dernières représentent les arts libéraux qui seront rencontrés et découverts par l’impétrant au cours de son parcours initiatique. Et les trois déesses sont Minerve, Junon et Vénus qui symbolisent la Sagesse, la Force et la Beauté.
La capacité du concepteur à maîtriser l’art du trait l’a conduit à trouver un ingénieux système afin d’opposer et donc d’annuler les forces qui pèsent sur ses angles. C’est le fameux clou de Monsieur Louis. Vingt et un siècle plus tôt, le temple d’Isis à Philae avait déjà éprouvé la méthode. La civilisation égyptienne n’est pas étrangère au travail maçonnique et l’on peut penser que les savantes épures élaborées par l’architecte n’ignoraient pas le nombre d’or, cette divine proportion permettant d’obtenir beauté et harmonie des œuvres. Pour le Grand-Théâtre, aujourd’hui Opéra, c’est plutôt réussi.
Sachons lever la tête et observer les détails, les mascarons, les sculptures, les ferronneries des immeubles. Les symboles y regorgent. Cours Georges Clemenceau, trois frises sont fortes de références spirituelles. Si l’une porte une chouette, représentant la sagesse, l’autre un miroir symbolisant l’introspection, la
De nombreuses gravures sculptées dans la pierre, parfois lourdement chargées dans un fatras qui n’éveille que l’œil attentif, sont disséminées dans la ville. Dans les rues de Cheverus ou de l’Abbé de l’Epée, deux décors mettent en exergue l’équerre (rectitude
A Caudéran, sur la façade d’une maison art déco figure une amusante tête réalisée dans un cercle parfait portant comme coiffe un compas. Les yeux
Et combien y a-t-il de colonnes place des Quinconces ? Trois. Au sommet de la colonne du monument des Girondins signifiant le triomphe de la République est incrustée, sur l’ouvrage en ferronnerie qui entoure le génie ailé, la lettre « G »,
Mais le plus beau et étonnant témoignage reste la façade de la rue Saint-François. On y voit un personnage qui soutient difficilement le balcon du deuxième étage. La légende voudrait que ce soit l’un des ouvriers, un portefaix, qui aurait participé à la construction de l’édifice et aurait dispensé de tels efforts qu’il en serait mort.
Cet ancien hôtel qui se dénommait « hôtel de la Perle » est situé à un angle de rue. La perle, symbole lunaire, est réputée sans défauts. Réfugiée
Sur l’autre côté sis rue du Mirail existe une porte monumentale au-dessus de laquelle sont sculptés deux personnages. L’un, armé d’une lunette astronomique représente l’un des arts libéraux et découvre l’équilibre du monde symbolisé par la beauté de Vénus.
Au sommet du porche sont groupés trois chérubins. Dans l’antique Perse, c’est eux qui veillaient à la porte des temples. Ils encadraient également
Il y bien trois chérubins qui dominent l’ensemble. Hauts placés dans la hiérarchie céleste, ces enfants attestent de leur aptitude à recevoir les plus hauts dons de la Lumière. Cette lumière que le postulant vient chercher en demandant à bénéficier de la démarche initiatique…
Celui du milieu manie le maillet et le ciseau, outils accompagnant la quête du maçon. La force de l’un favorise la précision de la taille de la pierre tout comme la volonté permet d’agir au service d’un humanisme universel.
Un couloir intérieur permet de voir une intéressante frise : un gisant d’origine orientale au pied duquel est posé une vasque d’où part une flamme. L’un des quatre éléments, symbole de la connaissance et de la régénération.
Les hommes politiques ne purent occulter l’importance de la maçonnerie à Bordeaux. Certains furent initiés. L’un des plus connus reste le Sénateur Emile Fourcand qui fut maire de la ville (1870-1874 et 1876-1877). Il fut initié en 1842 dans la Loge « Les amis réunis » au Grand Orient de France qui fêta son bicentenaire en 2004. Il siégea aux côtés de Charles Laterrade qui fut maire de Talence.
Malgré ses hautes fonctions, il fut assidu aux travaux, occupa de nombreuses responsabilités et présida par trois fois aux destinées de sa Loge en qualité de « Vénérable ». A partir de 1852, dans un contexte politique délicat mettant la Maçonnerie républicaine sous la surveillance du pouvoir conservateur, Emile Fourcand défendit avec habileté son atelier et calma la tension qui se cristallisait sur sa Loge en particulier, accusée de diffuser les idées progressistes. Membre du Tribunal de Commerce, de la Société Philomatique, il devint Député, Conseiller Général puis Sénateur en décembre 1875. Il transposait dans la société les idées humanistes débattues en Loge.
Maire de Bordeaux en 1870, il accueillit le Gouvernement qui fuit Paris assiégé par les Prussiens. Face à Adolphe Thiers nommé chef de l’exécutif, il parvient à maintenir la pacification de la ville. Républicain modéré, s
Aujourd’hui, la maçonnerie bordelaise compte plus de 3000 Frères et Soeurs répartis dans près de 80 loges, toutes obédiences confondues. Dans le monde, elle représente six millions de membres (dont la moitié aux Etats-Unis) appartenant à quelques 30 000 loges.
Contrairement à une idée répandue, Chaban n’était pas Franc-Maçon. Mais il était très proche de ce courant humaniste qui vise la progression et l’amélioration individuelles pour contribuer à rendre la société plus fraternelle. Il en comptait parmi ses collaborateurs les plus directs et s’employait à garantir leur représentation sur ses listes municipales. Les Maçons, au regard de son humanisme et de son action sociale, le considéraient comme l’un des leurs, « un Maçon sans tablier ». Par évocation au tablier porté par le Frère afin de se
Son successeur Alain Juppé sembla plus retenu vis-à-vis de cet ordre qui œuvre dans la discrétion et qui se transmet outils, grades et rituels enfermés dans des temples. L’univers symbolique de la Maçonnerie, les échanges philosophiques entre initiés s’accommodent sans doute mal avec le cartésianisme d’un homme qui préfère les structures officielles et le concret de la décision politique. Hugues Martin, l’homme d’un appareil partisan clairement identifié qui se plait dans les contacts publics semble dans le même état d’esprit.
Pourtant, tous deux prirent des contacts avec la Maçonnerie bordelaise à la veille de leurs élections. Certainement par fidélité au principe énoncé par le Général de Gaulle : « La franc-maçonnerie n’est pas assez importante pour qu’on puisse s’en inquiéter, mais trop importante pour qu’on s’en désintéresse ».