samedi 4 août 2007

La marque jaune

Carrosseries royales

Une baie ensoleillée, quelques petits arpents de terre développés au seul rythme de la génération spontanée due au bon vouloir d’un prince qui sut transformer un terrain vague et aride en port de luxe au bord de l’eau.

Les maisons blanches surplombent la mer, l’anse est émaillée de restaurants et de boutiques de marque, l’argent se renifle à chaque pas, imprimant sa marque dans toute la profondeur de cette terre. Les rochers et les galets, grâce à l’alchimie de l’or jaune se sont transmués en point de rendez-vous des plus grandes fortunes de la planète. L’argent appelle l’argent.

Je les cherche, tel un paparazzi à l’affût de ses proies et du scoop qui fera la « Une » des gazettes de l’été. Rien sur la plage ni au bord des somptueux yachts. Caroline n’est pas dans son enseigne favorite, Stéphanie semble avoir déserté la plage et sa troupe de volleyeurs enfiévrés.

Sommes nous à Monaco ? Non. Même si toutes les bimbos ont par principe ôté leurs hauts de maillot, je ne suis pas dans la Principauté monégasque. Ce petit rocher de 2 km2, point de mire du gotha et lieu privilégié des excès estivaux en tous genres grâce aux chroniques sans fin alimentées par une famille toujours imaginative.

Monaco ? Une broutille aux côtés de ce port jouxtant Marbella auquel viennent s’ancrer les émirs, les hommes d’affaires et autres pavillons battant allégrement la complaisance. L’amplitude financière qui émane des kilomètres carrés de carlingues exposées, le parfum d’oseille lancinant qui sort des grosses cylindrées estampillées par les plus nobles chevrons, et les robes des plus prestigieux couturiers laissent le rocher loin derrière, comme le gentil repaire de quelques jet setters désargentés symbolisés désormais par Loana et Steevie. Combien alors notre cher port d’Arcachon dont les places se quémandent une génération à l’avance fait figure de banal port provincial. Une bonne leçon de modestie.

Car nous sommes à « Puerto Banùs ». Le port d’attache des milliardaires et des familles royales du Golfe. Le point de ralliement de ceux qui ont leurs vêtements bizarrement bosselés par l’épaisseur d’un portefeuille qui égrène sans fin ses torrents de billets. Ces derniers, comme des confettis, ruissellent en masse vers les vampiriques vitrines et monnaient langoustes, homards et tombereaux de champagne. Ici, c’est toujours Carnaval. Ce temple du fric et du faste sacrifie quotidiennement à son rituel d’immoler d’innombrables euros sur l’autel de l’aisance et de la volupté.

L’argent y est le roi, les émirs les princes naturels. Aux chèques sans provision on préfère les cheiks argentés qui circulent de façon anodine et viennent apponter quelques jours afin de profiter des multiples bienfaits des côtes espagnoles.

Devant tant d’éclat et d’opulence, aucun sentiment de malaise. C’est un autre monde, fait de clinquant et de rutilance derrière lequel fourmillent des castes vivant selon leurs codes, leurs mœurs et sans doute leur morale. Bref, un mille et une nuits contemporain, à des années lumière du salarié français.

Loin d’être gagné par la fièvre ou de sentir monter les relents marxistes de théories désuètes, l’ensemble fait plaisir à voir. Aucune indécence que d’apprécier les beaux gabarits, que d’approcher de prés les modèles exhibés dans de très sélects revues, que de se ravir devant l’élégance et l’harmonie de l’agencement du fer et de l’acier. A tout au moins, cela démontre le génie créatif de l’homme, son goût pour approcher le « Beau », les bénéfiques flux financiers dérivés et la générosité des nouveaux Pachas nous permettant la profusion de regards. Plaisir des yeux, diraient mes amis marocains…

Tout semble exister depuis des décennies, tant l’ensemble est naturellement lové et étendu dans le site, entre mer et montagne.

Et pourtant, l’épopée est récente. Une fée s’est penchée sur le berceau de ce havre qui naquit de la terre, des herbes sèches et des rochers il y a moins de quarante années. Nous sommes bien dans un conte oriental joliment conduit par la famille princière d’Arabie Saoudite. Alors que Marbella connaissait un développement embryonnaire après l’engouement très populaire de Torrémolinos et autres cités de la côte andalouse, le roi Fahd en personne déploya sa baguette magique avec l’assurance de la manne financière qui en ruissela.

Noblesse oblige, il investit personnellement les hauteurs dominant la mer méditerranée, s’y fit construire un inaccessible et gigantesque palais et investit, aux côtés de ses frères, cousins et neveux aux fins de créer ce port nacré qui est désormais devenu l’emblème des plus grandes fortunes du monde.

La plage fourmille de petits restaurants permettant de savourer à des prix adaptés sardines, paellas et dorades les pieds dans l’eau. Une gentille mise en bouche avant de découvrir la petite cité côtière qui campe sur une mer de billets de banques et dans les doucereuses bourrasques des télétransmissions bancaires qui font tressauter les tiroirs caisse et tressaillir de gloussements jouissifs les propriétaires des boutiques qui ont acheté à prix d’or leurs emplacements.

Devant le port, nous sommes escortés par les plus grands symboles de l’apparat et de l’élégance. Aucun établissement anodin n’entache le lieu. Tous sont frappés du sceau de la renommée internationale, du faste vestimentaire et de l’élégance raffinée.

Gianfranco Ferre, du haut de son nuage contemple les cliquetis monétaires qui alimenteront longtemps les appétits de ses héritiers.

Dior nous réjouit de la présence d’une marque française qui va encore scintiller dans les grandes soirées de Gala. Tout comme Lanvin qui se reflète dans le magnifique empaquetage d’une vitrine noire étincelante. Toutes deux viennent nous rappeler que la classe et le bon goût sont de très efficaces ambassadeurs pour la renommée de notre pays.

Tôt, le matin, une Cadillac approche lentement des vitrines encore closes, précédée par trois accompagnateurs au gabarit proportionnel au yacht de rattechement. Ils adressent des signes discrets aux commerces qui s’ouvrent instantanément, comme par magie. Stores levés, porte accueillante… le conte continue. Chaque homme se poste à des emplacements stratégiques dans la rue encore déserte.

Alors, trois femmes de port très distingué descendent simultanément du carrosse. Elégantes et graciles, elles laissent transparaître toute leur jeunesse et leur beauté au travers d’un voile fort discret. Les trois favorites de l’émir, assurément un homme de goût, se dirigent vers les commerces plein d’espérances. Ces belles silhouettes qui affichent entre elles des sourires complices, représentent l’expression d’une culture amoureuse qui laisse puissamment gambader l’imagination de l’occidental que je suis et dont la référence conjugale reste la monogamie…

Elles promènent des regards désabusés chez Dolce Gabbana, cherchent la dernière nouveauté de Louis Vuitton. Avançant en territoire connu entre Dior, Lanvin et Burberry, ces habituées des dorures vestimentaires apprécient le galbe d’une robe, caressent un chemisier, embrassent d’œil connaisseur la totalité du magasin. Elles désignent délicatement leur choix à la gérante qui, restée en retrait, suit le périple de ces clientes privilégiées avec un regard gourmand. Alors, telles des abeilles recherchant le suc enchanteur, elles se dirigent vers la boutique voisine.

L’un des accompagnateurs retourne dans la boutique délaissée afin de s’acquitter des formalités résiduelles : régler la facture rubis sur l’ongle et rapatrier les vêtements élus dans la princière voiture.

L’arc de cercle qui ceinture avec une particulière tendresse le port voit alterner établissements de marques et lieux de bombances envers lesquels les propriétaires déploient un soin des plus minutieux. Décoration de qualité, tables et chaises bien veloutées de couleurs variées, vases de fleurs qui apportent une particulière fraîcheur… Tout est fin prêt pour aspirer les légionnaires de la bouffe.

Les homards attendent placidement de passer à la casserole afin d’agrémenter une panse désabusée, les fraîches dorades patientent bêtement bouche ouvert, s’inscrivant dans la fatalité de leur destinée, les œufs s’entrechoquent dans les casiers, baveux d’en finir avec la Tortilla, les filles de salle essuient le dernier grain de poussière, la douairière astique un tiroir caisse qui crépitera dans une folle sarabande dès l’heure de pointe.

Tous ces bars et restaurants seront pris d’assaut par les énergies financières émergeantes, par ceux qui font effet de virtuelles fortunes, par les touristes et les badauds, par les jeunes filles en quête du prince charmant. Car sous les adolescentes érodées d’aujourd’hui sommeille toujours Cendrillon… Un zeste de sentiment dans la réalité de rapports de force dominés par la superficialité du cœur.

Chacun s’extasiera de voir, d’observer et de participer aux nombreuses fêtes qui émailleront les rues et qui toutes sacrifieront au culte du fric et de la puissance.

Tout au long de la journée, côté terre, des voitures défileront pour montrer la richesse de leurs profilés et la hauteur de gammes qui ne se satisfont pas de demi mesure. Ces messieurs passent et repassent pour guetter la moindre proie féminine défaillante au vu du logo avec le cheval jaune et autres prestigieux emblèmes. La chair est faible.

Ne vous aventurez pas à circuler avec de banales berlines dans ce tabernacle de la démesure. Ici, la BMW est galvaudée et fait figure d’un cliché des plus commun. Manier l’une d’elle ferait presque figure d’une incongruité malséante, une faute de goût coupable.

Non. Nous sommes ici dans le royaume de la féerie. Les vulgaires citrouilles sont ignorées au bénéfice des nobles parures et autres carrosses rutilants représentées par les Bentley qui affichent les ailes d’un logo conquérant, de sublimes Rolls Royces aux chromes étincelants auxquelles leur sirène, véritable figure de proue confèrent l’ambition d’un décollage dominateur.

Ce serait presque lassant de voir défiler sous nos yeux tous ces modèles qui font rêver les amateurs qui confèrent à la voiture un rang autre qu’utilitaire. Les amoureux du design et des lignes les plus audacieuses seront comblés. Une vieille berline américaine des allées 50 suscite l’admiration la plus béate. Sa calandre rouge et argentée flanquée, de part et d’autre, de deux rétines lumineuses laisse presque augurer que ce requin sur roues va plonger dans les eaux poissonneuses du port.

Des Ferraris comme s’il en pleuvait. La voiture à l’étalon fougueux est d’un commun, dans ce territoire surréaliste… Le cheval, toujours prêt à bondir nous démontre qu’il sait générer un panel varié de couleurs, du rouge le plus classique au jaune le plus vif, en passant par un orange d’une belle arrogance. Dans le style, cet équidé présente la même vitalité que le jaguar qui trône sur une voiture dont la placidité apparente cache les vrombissements les plus puissants. La ménagerie ne serait pas complète sans l’indémodable Mustang.

James Bond trouverait là de quoi satisfaire sa curiosité : circuits d’argent dont il pourrait remonter le cour jusqu’à la provenance initiale, créatures de rêve toujours parées à se donner pour vivre un grand frisson avec l’aventurier, yachts de luxe ou se cacher pour roucouler à l’abri du regard inquisiteur de « M » et de la jalousie légendaire de Miss Money Penny. Et surtout, stationnée anonymement, l’Aston Martin. La fameuse Aston Martin dont je tente de décrypter sans succès les dernières trouvailles et gadgets inventés par « Q », le Géotrouvetout de l’espionnage. Une James bond girl me regarde attentivement avec une subtilité séductrice qui a vite raison de ma réserve. En route pour de nouvelles aventures…

Bien évidemment, un tel gâteau devait trouver sa cerise. Un « Hummer », roi des 4x4 vient ponctuer le ravissement de l’œil averti. En tête de pont, face au bateau, il ajoute son crépitement sourd à la musicalité des gros billets de banque. Gros. Très gros.

Et si l’on parle moto, ce sera évidemment une Harley Davidson.

L’étonnement va crescendo. Côté mer, de multiples allées rigoureusement alignées s’étalent vers l’horizon ornementées de part et d’autre par des rangées de cyprès flottants de toutes tailles. Ces catafalques blancs dodelinent doucement au rythme de la langueur de vaguelettes qui viennent effrontément en lécher la coque. Les croix qui émanent de ce lieu sacré dressent leurs antennes et leurs paraboles vers le ciel afin d’être en connexion directe avec les îles Caïman, Turk and Caïcos, Berne ou Monaco…
Tout est calme, conformément au respect que l’on doit dans l’enceinte de ce temple marin. Les fortunes assoupies s’exhibent délicatement devant nous, affichant leur beauté nonchalante. Chut, l’argent dort.

Les premiers pontons sont réservés aux bateaux les plus modestes. Puis, au fur et à mesure que les bites d’amarrage se succèdent, leur gabarit se développe, les dimensions prennent toute leur amplitude. Au fond, ancré avec régularité, le yacht de l’émir du Koweit.

L’océan de blancheur formé par les coques s’épanche à l’infini. Dans les espaces de vie, chacun s’exprime silencieusement, avec les gestes mesurés qui seyent avec la démesure.
Là, le pacha se dresse doctement et téléphone à l’autre bout du monde avec un sérieux qui lui donne une incontestable autorité.
Le personnel vaque à ses occupations. Une belle brune joliment profilée effectue de superbes contorsions qui montrent la gracilité de courbes en harmonie avec la carrosserie du palais flottant. Elle remplit les réservoirs de fuel, déversant le précieux jet sous un torrent d'euros
Je la regarde officier avec délicatesse. Je fais le plein des sens.

De gigantesque plages arrière pour bronzer entre deux escales, des salons cossus avec canapés en cuir, des espaces réservés à l’intimité se succèdent tout au long de notre visite. Là, une table basse avec le seau à champagne paré à toute éventualité. Sur un guéridon, un bouquet de fleurs témoigne que rien n’est laissé au hasard.

Parmi l’enfilade de blancheur se démarque une étonnante embarcation qui rappelle les jonques.
Sans doute le discret esquif que James Bond ramena de la baie d’Along au cour de sa mission « Demain ne meurt jamais »… A l’intérieur le décor n’a rien de rudimentaire. Là aussi, le confort obéit à un rituel d’une grande méticulosité.

C’est alors que jaillissent deux montagnes rutilantes, les deux derniers yachts. Trois ponts, de vastes coursives, des salons que l’on devine gigantesques.
Assurément, l’émir peut accueillir ses favorites. Et quelques amis...
Tout est cossu et silencieux. Le tapis rouge est déroulé, paré à recueillir l’empreinte des pieds prestigieux.
Des gardes sont sobrement campés devant la passerelle escamotable. Le personnel s’agite cérémonieusement à bord. Et, sur le quai, une Lincoln nous rappelle qu’ici, rien, non rien, n’est comme ailleurs.

Nous sommes loin de la rentrée et de son cortège de notes désagréables : impôts, factures en tous genres, dépenses de la rentrée des classes…

Carpe diem.

jeudi 2 août 2007

Les charmes andalous

Amour, opulence et crème à bronzer

La générosité solaire de juillet s’est soldée, en France, par un 31 juillet clément. C’est devenu une grotesque habitude.

Depuis 5 ans, le climat nous a habitué à ses caprices répétés. Il fait la moue devant nous sans aucune pudeur, nous montrant toutes les variantes de ce qu’il sait faire : été assassin, déluges ravageurs, lancers de foudre de Rascar Capac, arbres déracinés, pluies torrentielles… même le légendaire micro climat du bassin d’Arcachon est mis à mal. Aucune compassion, aucune prévenance envers ceux qui attendent tant de bienfaits de ce moment crucial de l’année traditionnellement propice à la bronzette, à la baignade et aux réjouissances en tous genres.

Le temps, devenu fou laisse nos hôteliers dans l’embarras, nos structures d’accueil sous-occupées, les campeurs copieusement arrosés, les enfants enfermés et des milliers de vacanciers déconcertés. Assurément, s’il était encore avec nous, Serge Gainsbourg n’aurait jamais écrit « Sea, sex and sun ». N’ayant plus le soleil et la mer, que nous reste-il ? A entonner, avec une chanteuse défraîchie sous des températures fort rafraîchies « Sous la plage abandonnée ».

Au-delà des myriades de gouttes, bien au-delà d’un horizon encombré, jouons à saute nuages et remontant le fil d’Ariane prodigué par un rayon de soleil miraculeusement capté. Tout en gardant l’Aquitaine, la Gironde et Bordeaux intimement rivés au cœur, suivons cette étoile scintillante providentielle, pour offrir du ciel bleu aux enfants…l’Andalousie apparaît. Avec toute la magie d’un astre qui sans cesse luit, d’une végétation luxuriante, de charmantes tenues locales, de plages sans fin, de prix abordables…Orphelins provisoires de notre région, nous avons rendez-vous avec le soleil

Vous avez dit « Costa del Sol » ? Certes, elle porte bien son nom. Sur les étendue sableuses, s’étalent avec une jouissance méritée le vacancier en quête d’évasion.

Allongeons nous, fermons les yeux et pénétrons nous de notre environnement, tel un explorateur qui souhaite découvrir les mœurs de provinces éloignées. L’heure est à la détente et à l’insouciance. Les enfants jouent sur le sable, les ados s’égayent, les femmes étalent leurs charmes, les hommes se font masser et oindre de crème à bronzer par des mains qui ne laissent pas le moindre centimètre carré non recouvert.

Des amoureux se chevauchent dans une cabotine pudeur. Cet attelage a quelque chose d’émouvant. Tous deux se regardent, s’extasient de se redécouvrir chaque jour, susurrent d’éternels secrets, se font les plus beaux serments, parlent avec leurs yeux, voire avec leurs mains, et se gorgent des perspectives variées offertes par cette journée enchanteresse. Les amoureux qui se bécotent sur les plages publiques ont quelque chose de sympathique.

Plus prosaïque, une femme largement dénudée tient fiévreusement un appareil dans sa main droite. Cet engin magique répond à son désir favori : parler. Elle ne le lâche pas et semble vibrer dans un contact privilégié qui lui arrache de nombreux mouvements des lèvres et des sons inaudibles. Ah, ce téléphone portable… jusque sur la plage, il sert à délivrer les plus grandes platitudes, à ne pas oublier le pain ou alors à se réjouir de la plus grande affaire du siècle.

Je m’extasie devant cet ensemble qui vit, qui bouge, qui témoigne du bien être et qui représente toute la variété de la nature humaine. Là, une magnifique naïade semble flotter littéralement sur les eaux, agitant avec volupté ses bras joliment sculptés. Elle ravit ma vue et comble l’esthète que je suis, toujours en quête du « Beau ». Plus loin, un bateau vogue vers un horizon sans nuages, et sort soudainement de l’anse formée par la belle côte de ce coin d’Espagne pour se nicher entre la baie formée par deux ravissantes épaules. Les voiles sont gonflées.

Un gentleman vient me rappeler que les anglais sont pléthore dans cette région, si différente de la leur. Je croise cet homme à l’allure martiale auquel il ne manque que le casque colonial. C’est le Major Thompson en personne qui, feignant de m’ignorer, passe les troupes de parasols en revue afin d’en vérifier l’impeccable alignement. Tous sont fiévreusement au garde à vous. Rien ne dépasse, tout est tiré au cordeau. Notre héros pourra rendre compte.

De façon plus anarchique, d’autres ombrelles tricotent sur la plage un patchwork aux couleurs vives. Dès 10 heures, elles éclosent comme des champignons, poussant sans l’aide d’eau, et déployant leurs périmètres qui serviront à protéger des abus de soleil. Toutes les marques sont représentées sous ces oriflammes, offrant des espaces bariolés dignes de la peinture abstraite. Un remake des « Baigneuses » ?

La royale boisson gazeuse made in USA dont la recette originelle de fabrication est jalousement gardée dans un coffre à la totale inviolabilité, affiche ses nombreux rayons d’action. Coca et Cola viennent régulièrement nous rappeler qu’ils restent les deux mamelles de l’homme assoiffé. Les fanions sont bien plantés.

Quelques restaurants de plage, sympathiques guinguettes, piquètent de temps en temps les vastes étendues de sable. La bière y coule à flots et le « tea time » sera honoré comme il se doit. Un sympathique anglais me hèle aimablement et me fait un signe ésotérique que j’ai du mal à interpréter.

Ici tout n’est que bronzage et volupté. On devine l’ampleur des investissements qui irriguèrent largement l’endroit. Les anglais ont massivement acheté maisonnettes et appartements dans des « communauties » surplombant la mer et qu’ils gèrent entre eux. La Dordogne, la Charente, l’Andalousie, .. partout la vieille Livre fait tinter sa grandeur surannée.

D’où vient tant d’argent ? Des bonheurs financiers amassés à l’époque Thatcherienne ? De la vente du bien immobilier acquis outre Manche pour le transposer sous le soleil ? Du renoncement à une propriété, fort chère en Angleterre, pour préférer un investissement fructueux sous le soleil exactement, loin des brumes, de la Tamise et de la Queen ? De l’aubaine des pionniers qui, les premiers, achetèrent à bas prix de petites gentilhommières ? Un peu de tout cela sans doute…

Dans les résidences, les jardins sont soigneusement entretenus et exhibent avec bonheur fleurs et plantes des pays chauds. Les bougainvilliers croulent sous leurs ornements bigarrés, les hibiscus dardent leurs pistils, les lauriers roses se fondent dans la couleur du corps d’un anglais bronzé, les bananiers ventilent l’espace, les bambous sont strictement agencés en cercle… les couleurs de la vie, la richesse de dame nature s’exprime à chaque détour.

La richesse des hommes s’affiche également avec naturel. Pas celle du cœur, non, … celle de quelques uns qui surent et surtout purent investir dans des villas cossues. En première ligne avec accès privé sur la plage, elles épanchent leur luxe et l’immensité de leurs espaces de vie. Plusieurs salons donnant sur une piscine pour éviter la fatigue de faire 30 mètres jusqu’à la plage. Une terrasse panoramique qui permet aussi bien de voir les côtes marocaines que les panachages colorés des parasols.

De nombreuses propriétés jalonnent les rues bien alignées et rigoureusement nettoyées. Derrière les murailles on perçoit d’ambitieuses demeures, des maisons de maître aux prix vertigineux. L’argent coule à flot sur la côte.

Qu’y a-t-il derrière la porte ? Des fortunes amassées, des patrimoines transmis, des investissement juteux. A moins que le tamis discret de certains blanchiment n’ait favorisé l’éclosion de richesses vite récoltées et amassées avidement. Les murs gardent leurs secrets.

Quelle échelle disproportionnée entre les centaines de mètres carrés cossus qui dorent sous le soleil, les magots transformés en terrasses et piscines, et la gentille Dolorès qui bronze sous un parasol mais qui exhibe généreusement ses richesses naturelles. La démesure face au dénuement…

Par delà ces divergences inhérentes à toute collectivité, ces écarts que nous savons inévitables, nous pouvons tous nous retrouver autour d’un « Mojito ». Une aubaine !

« Mojito, que es esto », me dites-vous ? Un savoureux cocktail qui nous vient de Cuba et que l’aridité d’un régime dictatorial n’a pas estompé. Sa composition ? De la menthe fraîche, des parcelles de citron vert et du sucre roux à broyer vigoureusement afin d’obtenir un mélange total. De la glace pilée et re-compilation de l’ensemble… Alors, le temps est venu de rajouter le rhum, d’écraser encore et de mélanger jusqu’à
parfait enchevêtrement.

A boire tout en tassant consciencieusement. Tout cela réunit les hommes et les femmes de bonne volonté qui savent en faire une consommation modérée. Trinquons avec Dolorés et le Major Thomson ! Vive la vie…

« A votre santé », « Cheers », « Salud y pesetas »…

Bonnes vacances à tous.

Ne coupons pas le contact. Durant ces vacances, ce blog va prendre son ryrhme de croisiere, avec des chroniques serieuses, d´autres plus "ensoleillees". Il sera alimente de facon plus soutenue a compter du 20 Août. Merci pour votre fidelite et pour vos nombreuses visites, amicales et encourageantes.